Discipline religieuse et excommunication


Si un Témoin de Jéhovah baptisé se mettait à fumer, à boire beaucoup plus que de raison, à commettre un adultère, à user de violence dans son foyer, les anciens ne manqueront pas d’intervenir. En effet, on ne peut oublier que les Témoins de Jéhovah forment une Église de professants.

 

« On ne naît pas témoin de Jéhovah, on le devient. Que l’on soit élevé dans une famille [jéhovéenne] ou que l’on soit mis en contact avec l’association de la Tour de garde par des proclamateurs, il faut demander personnellement le baptême. Celui-ci peut être refusé si le candidat n’a pas rendu sa vie conforme à certaines exigences, par exemple s’il vit en concubinage, s’il fume, s’il abuse de boissons alcoolisées ou s’il n’a pas acquis une connaissance suffisante de la doctrine. »[1]

 

Les anciens tenteront de ramener le transgresseur dans le cadre d’ « un jury fraternel » [2] et si la personne persiste néanmoins dans sa conduite, après avoir été avertie, elle est « susceptible d’être écartée du groupe religieux », elle est excommuniée [3]. Si ses proches sont aussi Témoins de Jéhovah, seul le lien de nature spirituel est rompu, le lien familial reste intact.

 

Néanmoins, la personne excommuniée peut venir à la salle du Royaume et assister à tous les cultes, chanter les cantiques, écouter les prières mais elle ne peut pas participer activement. Elle peut être réintégrée au groupe quand elle le veut sur simple demande à condition d’avoir changé durablement sa conduite. De plus, les anciens lui proposent de la visiter aimablement au moins une fois par an, à la rentrée septembre, pour s’enquérir de ses progrès vers le retour dans l'assemblée. La personne excommuniée est toujours considérée comme Témoin de Jéhovah ; d’ailleurs, lors de sa réintégration, elle n’est pas rebaptisée [4].

 

Les origines néotestamentaires de l'excommunication

Le Nouveau Testament parle du cas d'un chrétien de l’Église locale de Corinthe qui fut excommunié à un moment durant le premier siècle. Dans son épitre pastorale, Saint Paul pointe du doigt un cas de fornication. Un homme couchait avec la femme de son père.[5] L'apôtre demande aux anciens (responsables de l'assemblée) de ne pas tolérer cette situation choquante plus longtemps et de 'livrer cet homme à Satan', c'est à dire manifestement de l'excommunier. En conséquence, ses frères et sœurs chrétiens ne le fréquentaient plus et ne lui parlaient plus pour manifester leur réprobation.[6]

 

Quelque temps plus tard, l'apôtre demande que cette personne soit de nouveau admise au sein de l'assemblée parce que le coupable s'était sincèrement repenti et l'avait prouvé en mettant fin à la situation scandaleuse dans laquelle il s'était engagé. Très vraisemblablement, les anciens lui pardonnèrent et le consolèrent et il fut accepté de nouveau dans l’assemblée chrétienne de Corinthe.[7]

 

Edward Gibbon (1737-1794), historien anglais, écrivit à propos du bien-fondé de l'excommunication et des conséquences de cette mesure peu de temps après l'époque apostolique: "Toute société a le droit incontestable d'exclure de sa communion et de ne plus admettre à la participation de ses avantages ceux de ses membres qui rejettent ou qui violent les règlements établis d'un consentement général."[8]

 

L'excommunication n'est pas automatique

L'excommunication n'est pas automatique. Pour un même 'péché' grave, l'un sera excommunié, l'autre pas. Pourquoi ? Parce que le pécheur s'explique devant un jury fraternel composé d'anciens, de responsables de la communauté chrétienne locale. Leur rôle est d'écouter avec bienveillance le pécheur, puis de déterminer la valeur de son repentir. Un élément de la décision d'excommunier ou pas sera la réponse qu'ils vont donner à cette question après cette audition : "Le pécheur a-t-il démontré par des actes qu'il a changé durablement de conduite et qu'il a la ferme intention de ne pas recommencer ?" S'ils en sont convaincus, la personne ne sera pas excommuniée. Elle pourra cependant être blâmée, mais conservera sa place au sein de la communion des fidèles.

 

Si maintenant les anciens doutent du repentir du pécheur ou si le pécheur a manifesté son désir de quitter l'assemblée, ils prononceront son excommunication. Cette personne excommuniée pourra demander par écrit sa réintégration si elle le désire, après un certain laps de temps qui lui aura permis de mettre durablement fin à la situation qui a conduit à son excommunication. "La discipline fait donc partie des tâches - peu agréables mais indispensables - des anciens."[9]

 

Les causes d’excommunication

"Un Témoin de Jéhovah baptisé est excommunié pour 2 raisons : 1) s’il commet un péché grave, et 2) s’il ne se repent pas."[10] Qu'est-ce qu'un 'péché grave' pour les Témoins de Jéhovah ? Le Nouveau Testament en cite explicitement quelques uns : "Ne vous y trompez pas : ceux qui ont une conduite sexuelle immorale, les idolâtres, les adultères, les hommes qui pratiquent l’homosexualité, les voleurs, les gens avides, les ivrognes, les insulteurs et les extorqueurs n’hériteront pas du royaume de Dieu."[11] On pourrait faire un classement de ces motifs d'excommunication : 

Les péchés de chair : l’immoralité sexuelle, incluant toutes relations sexuelles en dehors du mariage, l'adultère, l'homosexualité, la consultation massive et compulsive de pornographie, l'addiction au tabac et à la drogue, l'alcoolisme.

Les péchés d'ordre religieux : l’idolâtrie (l’adoration d’idoles), le spiritisme (la communication avec les esprits), le fait de s'associer au culte d'une autre religion (apostasie).

Les péchés relevant des délits de droit commun : le vol, l’extorsion (le vol en utilisant la force, la menace, la ruse, le mensonge), l'escroquerie, les mauvais traitements et la violence envers son conjoint.

Les péchés relevant des crimes : Le meurtre, le viol, l'inceste, la pédocriminalité.

Les anciens doivent inciter le pécheur à déclarer les péchés relevant d'une infraction à la loi (délits et crimes) auprès des services publics de police. Si le pécheur ne veut pas le faire, les anciens le feront. Dans ces cas précis, ils ne sont pas tenus au secret de la confession, et particulièrement dans les cas d'inceste et de pédocriminalité.

 

Mais encore une fois, il faut rappeler que ceux et celles qui deviennent Témoin de Jéhovah savent à quoi s'en tenir avant d'être baptisés. Les Témoins de Jéhovah refusent le baptême des tout jeunes enfants et privilégient le baptême des adultes. De plus, l'excommunication n'est pas automatique. Ce n'est pas le 'péché grave' qui détermine l’excommunication mais bien le repentir sincère du pécheur. L'excommunication reste exceptionnelle chez les Témoins de Jéhovah (moins de 1 pour cent par an). Les Témoins de Jéhovah veulent conserver un niveau élitiste de moralité dans leurs rangs.

 

 

Pour approfondir :

L'excommunication rompt-elle les liens familiaux ?

https://barbey.jimdofree.com/etude-de-cas/questions-reponses/l-excommunication/

 

Une personne excommuniée est-elle toujours Témoin de Jéhovah ?

https://barbey.jimdofree.com/etude-de-cas/questions-reponses/témoins-de-jéhovah-excommuniés/

 

L'excommunication est-elle une incitation à la haine ?

https://barbey.jimdofree.com/massimo-introvigne/l-affaire-belge-dangereuse-pour-la-liberté-03-2021/

 

Les Témoins de Jéhovah ont-ils le droit d'avoir recours à l'excommunication ?

https://barbey.jimdofree.com/massimo-introvigne/l-affaire-belge-pervertit-la-liberté-04-2021/

 


[1] R. Dericquebourg, Les Témoins de Jéhovah, « La montée des phénomènes religieux dans les quartiers  -  sens, nature et réalité, Huitième rencontre Profession Banlieue, 21 novembre 1996, pp. 92, 93.

[2] idem, p. 93.

[3] H.J. Stiker, Anathème, L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp. 38-39. « Dans le langage courant, anathème est simplement synonyme de blâme, de réprobation, de répréhension. Dans l’histoire de l’Église, le terme a un sens plus précis et désigne une sentence excluant de la communauté chrétienne (…). »

[4] TOB, 2 corinthiens 2, 5-9 : « Si quelqu’un a fait de la peine, ce n’est pas à moi, mais dans une certaine mesure, n’exagérons rien, à vous tous. Pour un tel homme, il suffit du blâme infligé par la communauté ; c’est pourquoi, bien au contraire, faites-lui plutôt grâce et consolez-le, de peur qu’il ne sombre dans une tristesse excessive. Aussi, je vous engage à faire preuve d’amour envers lui, car en vous écrivant, mon but était de voir à l’épreuve si votre obéissance était totale. »

[5] Première épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 5, versets 1 à 5.

[6] La Bible déchiffrée, Éditions Fleurus, Paris, 1977, p. 591.

[7] Deuxième épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 2, versets 5 à 7.

[8] E. Gibbon, Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k364600/f7.item / https://www.amazon.fr/Histoire-déclin-chute-lempire-romain/dp/222111731X

[9] Alfred Kuen, Ministère dans l'Eglise, Série Ekklésia, Cahiers Emmaüs, 1983, p.112.

[10] La Tour de Garde, 15 mai 2015, WBTS, p.29.

[11] Première épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 6, versets 9 à 11.

 

Référence universitaire pour citer cet article :

- Barbey Ph., Discipline religieuse et excommunication chez les Témoins de Jéhovah, Focus sociologique, consulté le [date].

 

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